Je connais Alex Vagner depuis près de 37 ans, c’est Pascal
Adam (il jouait au basket avec lui) qui nous a présenté. Nous n’avons
jamais été vraiment amis, même si nous avons eu des parcours qui
s’entrecroisaient. Pendant que je prescrivais des radios au CHU de
Tours, Alex pratiquait la radio libre à Orléans. Ça lui a mieux réussi
qu’à moi puisqu'il dirige maintenant le groupe Sud Radio !
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| Alex Vagner par ÉCÅ |
Maintenant que les présentations sont faites je laisse la parole à Alex qui a perdu son papa il y a quelques semaines.
Il vient de publier sur Facebook
une lettre ouverte, furieuse et émouvante, adressée au médecin qui a
soigné son père. Lisez-là ! Puis, dans les commentaires, répondez-lui !
Bonsoir Monsieur le Docteur en Médecine,
Je tenais à vous présenter mes bons vœux, à ma façon.
Assis sur un transat sous le chaud soleil de Miami, je me mets à
penser à vous tout à coup. Je me dis que je suis bien en regardant le
soleil, mais il me manque un être cher et je réfléchis. Je réfléchis.
Depuis longtemps je voulais vous faire un mot, mais je n'en avais pas la force avant que l'année ne se termine.
Vous, que je ne connais pas. Vous, que je n'ai jamais rencontré.
Vous, qui restez un mystère. Vous, qui êtes dissimulé derrière des
infirmières. Vous, que j'attendais dans le couloir avec la boule au
ventre.
Vous savez, comme quand on s'attend à une mauvaise nouvelle avec
un stress vraiment énorme. On essaye de se robotiser, sans y parvenir,
pour mieux affronter des réalités qui nous fracassent le cerveau.
Je
voulais simplement vous dire que, sans que vous le sachiez, vous avez
énormément changé ma vie.
Cette vie si importante où la personne humaine doit être respectée, non pas comme un dossier, mais comme un être humain.
Je vous imagine, le soir, dire à votre famille combien vous êtes
fatigué par ce si beau métier. Ce métier à travers lequel on peut sauver
des vies ou, malgré soi, en défaire aussi. Vous êtes fier d'avoir
réalisé de belles études, vous profitez de l'aura du Médecin dans votre
service, vous avez un pouvoir d'achat correct, mais jamais assez élevé,
vous profitez de la vie, finalement tout va bien pour vous.
Oui, vous avez énormément changé ma vie en classant le dossier
d'un patient comme un vulgaire numéro. J'aurais tant apprécié avoir une
discussion avec vous avant surtout, ou après, le décès de mon père dans
votre service le 24 septembre 2011 à 1 heure. Je l'ai quitté le vendredi
23 septembre, à 19 heures, sans savoir, sans même être prévenu que je
ne le reverrai certainement plus. J'avais encore tant de choses à lui
dire !
Je voulais modestement vous faire comprendre à vous, Monsieur,
que la considération humaine reste fondamentale. Demain, si l'un de vos
patients est en fin de vie, prenez cinq petites minutes sur votre longue
vie pour expliquer à sa famille avant, après ou, encore mieux, avant et
après ce qui va se passer.
Je n'ai pas eu ces cinq minutes pendant toute la durée de son
hospitalisation, moi.
L'accompagnement psychologique s'avère plus que
nécessaire dans ces épouvantables situations.
Essayez un instant de vous mettre dans la peau de la personne qui
attend des nouvelles devant la porte de votre sacro-saint bureau. Je
sais que votre travail reste... un travail. Sachez pourtant qu'il
pourrait redevenir une passion en parlant et en respectant les familles.
J'espère tout simplement que face à votre prochain patient en fin
de vie vous aurez une pensée pour ces quelques mots, voilà l'ultime et
unique demande que je vous adresse.
Le dossier de mon père est certainement le 24580X et il est
définitivement classé comme un simple Dupont ou même Durand.
Ce courrier
sera publié sur mon Facebook et repris par les Médias.
Par pudeur et par respect, je ne citerai pas votre nom, vous
allez vous reconnaître facilement et j'espère vous faire réagir vous et
plus largement cette branche du corps médical qui oublie trop souvent la
définition du mot « humain ».
Alex Vagner
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Ma maison a pris feu la veille de Noël à 11H AM ;Ma belle-mère a été brulée et mon petit garçon agé de 4 ans est décédé durant l'incendie : J'ai été évacuée et conduite à l'hopital car je souffrais de légéres intoxications et brulures avec 2 de mes enfants (11ans et 1 an).Au vu de la légéreté de nos blessures nous avons été aussitot mis dans 1 chambre. Mon mari était resté avec les gendarmes. Il était 14 h, trois heures seulement après le début de l'incendie quand une femme en blanc est entree dans la chambre, je ne savais pas qui elle etait, elle n'a pas pris la peine de se presenter, elle m'a dit : " Madame D. votre fils agé de 4 ans est décédé".
RépondreSupprimerElle m'a regardée 1 mn, elle a regardé les 2 enfants assis à coté de moi. Puis elle m'a dit que j'allais partir sur un autre hopital où un psychologue m'attendait.La conversation a duré 2 mn;
1/2 heure plus tard j'y étais et là j'ai attendu, attendu, attendu dans un couloir pendant près de 8 heures. Vous avez bien lu 8 heures. Personne ne s'est adressée à moi, lorsque je demandais où était la personne que je devais voir on me répondait : "il ne va pas tarder". Alors nous avons attendu : mon fils alors agé d'1 an seulement, a meme fait ses 1er pas seul dans ce couloir (il s'est laché comme on dit). Je n'ai vu ni psy, ni qui que ce soit pour m'expliquer ou me dire un "je ne sais quoi". Nous étions encore habillés de ces vetements qui sentaient le feu, le brulé et tout comme vous, personne n'a pris la peine de nous accompagner.Mon fis n'a été qu'un numéro que l'on a déplacé puis classé, mon fils n'a été qu'1 phrase , c'est tout. Le pire dans l'histoire est que ce couloir menait au service pédiatrique de l'hopital et j'ai vu passé devant moi des dizaines d'enfants de l'age de mon petit décedé durant ces 8 heures ; Eh puis j'ai eu besoin pour mes enfants et moi-meme de kleenex; On m'a dit d'aller à l'étage supérieur : la maternité. C'était le comble, imaginez la situation. eh là on m'a dit que vu l'heure (23H du soir) les armoires étaient fermées et qu'il n'en avait pas!!!
Cela fait bientot 16 ans que cela s'est passé jamais je ne pourrai oublier la manière désinvolte de cette personne en blanc m'annoncant le décés de mon fils. Je ne pourrai jamais oublier l'incompétence même de ses services "d'aide". Pour conclure je n'ai jamais vu qui que ce soit ce jour là ni les autres jours qui ont suivi (de cet hopital). C'est comme si je n'y avais jamais mis les pieds. Mon mari m'a retrouvé à 23 heures dans ce meme couloir (douze heures après le drame)et m'a emmenée chez des amis qui ont appelé leur propre medecin personnel. J'ai dû me rendre auprès des pompiers 1 mois plus tard pour essayer d'avoir des explications et là gentilment on m'a expliqué que cela avait très dur pour tout le monde y compris pour le pompier qui avait sorti mon petit du brasier. Mais les questions sont toujours là sans réponses, et l'accompagnement n'est toujours pas là. Alors oui, Messieurs les grosses têtes de la medecine, nous sommes humains , essayez d'y etre un peu plus de temps en temps ; Vous savez cela ne fait pas de mal de prendre le temps, vous ne perdriez pas plus d'argent mais vous vous sentiriez peut être mieux. Bon courage à vous Alex. Je peux comprendre ce que vous avez ressenti. Le "après " est important et lorsqu'il n'est pas préparé ou accompagné cela peut être extrement grave pour la suite de la vie. Je ne comprend pas, pourquoi ce jour là personne n'a été present , personne ne nous a soutenus.Une presence aurait suffi. Bien sur le corps médical fait bien son métier je ne remettrai jamais en doute cela mais je vous en supplie messieurs et mesdames en blanc ne refaite pas subir à quiconque ce que j'ai subi ou ce qu'Alex a subi: c'est inhumain.
Respectueusement SD.
Il y a aussi, heureusement, des lieux de santé où le personnel de soins, en particulier, palliatifs, est formé pour communiquer avec empathie avec la famille du patient.En octobre 2007, ma mère atteinte d'un cancer du sein qui s'était généralisé, a été hospitalisée à l'hôpital publique de Meaux. La doctoresse qui la suivait en oncologie,a pris le temps de nous expliquer,dans son bureau ,à mon frère et moi-même,que la vie de notre mère s'achèverait dans quelques semaines,et que nous pouvions l'accompagner jusqu'à son dernier souffle avec l'aide d'une infirmière si nous le voulions.Ma mère, d'origine slave, a souhaité que ce soit ,moi, sa fille, qui l'aide à passer de l'autre côté,mon père âgé n'acceptant pas la fin imminente de sa femme aimée.Jusqu'au bout, durant les deux semaines qu'a duré son agonie,elle a bénéficié d'un allègement de ses souffrances,des visites de l'une ou de l'autre des infirmières,de paroles rassurantes pour elle et nous ,sa famille,de soutien.Un bilan de santé précis et journalier, aucun acharnement thérapeutique,et deux jours avant qu'elle ne meurt,j'ai pu la rejoindre dans sa chambre et la veiller avec le soutien d'une infirmière qui m'a aidée à exécuter les derniers soins de beauté,à masser et huiler soigneusement et avec une infinie douceur le corps chaud et doux de ma mère qui respirait avec peine,avait fermé ses beaux yeux verts et semblait sourire et se détendre sous nos mains respectueuses.Entre douceur et douleur ,il n'y a qu'une lettre de différence,et j'ai eu la douceur et le privilège certes douloureux de recueillir le dernier souffle de ma mère chérie.Merci encore à toute l'équipe des soins palliatifs de l'hôpital publique de Meaux.
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