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lundi 15 octobre 2012

Marisol, à l'hôpital je perds la boussole !


Madame la Ministre,

Il y a une question qui me préoccupe depuis très longtemps. C’est un problème qui participe à la maltraitance ordinaire non seulement des patients et de leurs proches mais aussi des équipes soignantes et de toutes celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, doivent entrer dans un centre hospitalier, une clinique ou un quelconque centre de soins ou de convalescence.

Vous aurez sans doute compris que je veux parler de la signalisation (et de la signalétique) dans les établissements médico-sociaux ou dans les centres d’examens complémentaires.

Je me suis perdu à l’Hôpital Européen Georges Pompidou, je me suis perdu au CHR d’Orléans, je me suis perdu à l’Hôpital de la Timone et à l’Hôpital nord de Marseille. Je me suis perdu à la Clinique de la main des Longues Allées à Saint-Jean-de Braye, à la Pitié Salpêtrière, à Saint Antoine, à Beaujon, à Necker, à Saint Anne, à Cochin… Je me suis perdu à l’Hôpital de Montargis et au CHU de Tours.

Bref ! Je me suis perdu, car tout est mal indiqué et même avec le plan parfois délivré par le bureau d’accueil ou de renseignement de l’établissement, comme à Georges Pompidou ou à la Salpêtrière, JE ME SUIS QUAND MÊME PERDU !

Enfant, j’étais toujours vainqueur des courses d’orientation les plus ardues, en ville ou en forêt. Adulte, je sais rapidement me repérer dans toutes les grandes villes du monde que j’ai visitées. MAIS JE ME PERDS DANS LES HÔPITAUX FRANÇAIS.

Il y a bien longtemps, lorsque j’étais étudiant en médecine au CHU de Tours, nous étions sollicités du matin au soir, dans la salle des infirmières, dans les couloirs, à l’extérieur des bâtiments et parfois même dans la chambre des malades, par des visiteurs égarés. Ces visiteurs étaient aussi bien des proches venant réconforter un des leurs, des patients se rendant à une consultation ou à un soin, des ambulanciers privés emmenant ou venant rechercher un patient, des fournisseurs de toute sorte et même des personnels soignants ou administratifs travaillant au sein même de l’établissement. Comme il était souvent très compliqué d’expliquer le bon chemin, il nous paraissait plus simple et surtout plus élégant d’accompagner les visiteurs et de les guider dans le dédale hospitalier, parfois jusqu’au but.

Plus de trente ans après, je constate que rien n’a changé. On se perd toujours aussi facilement, même dans les hôpitaux les plus modernes, même avec les plans fournis.

N’a-t-on jamais mesuré la panique et l’énervement des visiteurs. N'a-t-on jamais mesuré l’exaspération des professionnels qui sont hélés des dizaines de fois chaque jour par des personnes égarées et qui doivent interrompre leurs tâches. N’a-t-on jamais mesuré le temps perdu à leur expliquer le bon chemin ou bien à les accompagner.

Des milliers d’heures, dues à une mauvaise organisation, sont perdues chaque jour dans les hôpitaux et une part non négligeable de cette mauvaise organisation est causée par une signalisation non adaptée.

Tout ceci participe à l’épuisement des professionnels. Tout ceci aggrave l’inquiétude des patients, augmente le désarroi des proches et agace tous les visiteurs en donnant l’impression de pénétrer dans une vaste « pétaudière » que personne ne contrôle plus.

Et l’on peut penser que si l’organisation des centres de soins ou des hôpitaux est à l’image de leur signalisation et de leur signalétique, alors le pire est à craindre.

Pourtant des solutions existent.

En 1983, invité à visiter un hôpital suédois au sud de Stockholm je remarquais de multiples rubans de couleurs parcourant les couloirs dudit établissement. Le médecin suédois qui organisait la visite m’expliqua alors que chaque ligne de couleur correspondait à un service ou à une unité de soins ou de consultation. Il m’expliqua aussi que depuis la mise en place de ce système très peu couteux, la très grande majorité des visiteurs ne se perdait plus et que l’on pouvait répartir et canaliser les flux de visiteurs de façon à ne pas perturber ni ralentir le fonctionnement de la structure.

Quelques semaines plus tard, rencontrant le directeur du Centre hospitalier universitaire de Tours (Monsieur B………), je lui relatais en long et en large l’expérience suédoise que j’avais observée. Après m’avoir longuement écouté, le directeur me répondit que la Suède n’était pas la France, que nous avions d’autres méthodes et termina sur une allusion au fait que tout n’était pas si rose en Suède puisque le nombre de suicides y était plus important qu’en France. Ce fut une façon de botter en touche assez inélégante, d’autant plus que tout le monde sait que le nombre des suicides (qui n’a aucun rapport avec la signalisation dans les hôpitaux) était sous-déclaré en France et que depuis que ce nombre est mieux déclaré, nous sommes en tête des pays d’Europe pour le suicide.

Tout cela pour expliquer qu’il y a en France une résistance au changement et que toute amélioration du système, même non coûteuse, et qui de plus économise du temps, de l’énergie et donc de l’argent à tout le système, est impossible.

Serez-vous la Ministre des hôpitaux ou des centres de soins ou d’examens où l’on ne se perd plus ?

Actuellement, le nouvel hôpital d’Orléans est en construction, les architectes et les programmistes s’activent pour nous concevoir un nouvel Eden hospitalier.

Ont-ils prévu un système de signalisation performant qui facilitera le déplacement et l’orientation des visiteurs comme des professionnels ? Permettez-moi d’en douter.

Je vous propose de travailler avec vous et avec vos services pour faire du futur hôpital d’Orléans un modèle en terme de signalisation.

Considérant le vaste chantier qui vous attend pour réformer notre système de santé la question de la signalisation vous paraît peut-être anodine. Vous auriez tort. Car comme l’écrit Luc dans les évangiles (Luc16 :10-15 « Celui qui est fidèle dans les moindres choses l'est aussi dans les grandes…».

À bon entendeur !

Je vous prie d’accepter, Madame la Ministre, l’expression de ma respectueuse et dévouée considération.


Dr Éric Chapeau-Åslund
Franco-suédois et fier de l'être.


La République du Centre 17 octobre 2012




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8 commentaires:

  1. Une idée simple et peu couteuse qui permettrait au personnel soignant de passer plus de temps avec les patients.
    N'importe qui peut suivre un ruban de couleur, pas besoin de savoir lire, ni de parler la langue du pays. On arrive à l'accueil, on nous dit vous devez aller dans ce service là. Il faut suivre la ligne bleue ou la ligne orange ou la ligne verte. Les patients arriveraient à l'heure, le retard dans les consultations seraient moindre, et tout le monde y gagne. pas de temps perdu pour les soignants, pas de temps perdu pour le malade.
    encore faut il que vous soyez entendu Docteur Chapeau
    Bérénice

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  2. Merci de m'avoir inclus dans les destinataires de votre lettre adressée à la Ministre.

    Pouvez-vous me tenir informé de la réponse?

    Il est clair que vous signalez un problème qui concerne beaucoup de personnes.

    Bien à vous.

    Jean-Claude Delarue
    Fédération des usagers des transports et des services publics

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  3. Cher Monsieur,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre mail adressé à Madame la Ministre.
    Je suis comme vous choquée par autant de bêtise humaine, comme vous le dites si bien et je le vois dans le combat que je mène au quotidien, la lenteur et les incohérences de nos dirigeants!!!!
    Bien entendu je vous soutiens dans votre démarche !!!
    Au plaisir et bon courage
    Stéphanie Fugain

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  4. Des millions de cœurs qui battent…

    Bonjour,

    Je vous contacte aujourd'hui au nom de la Fédération Française de Cardiologie (http://www.fedecardio.org/qui-sommes-nous). Association reconnue d'utilité publique, elle est financée à 95% grâce à la générosité des particuliers et se bat chaque jour pour optimiser les actions de prévention, soutenir la recherche et améliorer l’accompagnement et le suivi des patients.

    En France, 20 millions de personnes souffrent toute leur vie des maladies cardiovasculaires. Elles représentent d’ailleurs la première cause de mortalité chez les femmes et la seconde chez les hommes. Il est donc urgent d’agir et de faire avancer la recherche et les mentalités.

    Aujourd'hui, la Fédération Française de Cardiologie a besoin de vous et de toutes les informations que vous pourrez diffuser sur vos réseaux, blog ou site, pour l'aider dans son travail de sensibilisation.

    VIDEO / Les maladies cardiovasculaires, c'est partout, tout le temps
    Cette vidéo (http://www.fedecardio.org/decouvrez-la-nouvelle-campagne-de-la-ffc) a pour objet d’alerter le public sur les maladies cardiovasculaires afin de déclencher une prise de conscience. Ces maladies peuvent toucher tout le monde, et sont douloureuses et handicapantes au quotidien pour les patients.

    J’aime mon cœur, je le protège
    Répondez en 5 minutes au questionnaire « J’aime mon cœur » (http://jaimemoncoeur.fedecardio.org/) pour en savoir plus sur vos risques cardiovasculaires : environnement familial et professionnel, suivi, etc., et recevez les conseils personnalisés de nos cardiologues bénévoles.

    Pédaler pour faire briller Le Sacré Coeur
    Pour la deuxième année consécutive, participez à l’événement "Les Battants Fédécardio" (http://www.fedecardio.org/venez-faire-battre-le-coeur-de-paris): chacun est invité les 25 et 26 octobre à venir pédaler pour illuminer Le Sacré Coeur, à Paris. La surprise de cette année est la présence de sportifs de haut niveau comme Stéphane Diagana ou Luc Abalo qui pédaleront pour lutter contre les maladies cardiovasculaires.


    Je reste à votre disposition pour vous apporter toute autre information.

    Laura Degiorgi
    Pour la Fédération Française de Cardiologie
    Tel : 06.26.81.03.54

    ————————————————————————
    La Fédération Française de Cardiologie est présente sur Facebook ! Rejoignez-la dès maintenant : http://www.facebook.com/fedecardio !
    ————————————————————————

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  5. Bravo Eric,

    C'est effectivement important à signaler ; J'ai moi-même également eu un mal fou à rencontrer une personne dans le CHU du Coudrai quand je vivais en région Chartraine, quant à s'en sortir dans les complexes Palois* puisque je suis aujourd'hui dans les Pyrénées-Atlantiques - mise à part les urgences qui sont tout de même bien signalées - cela relève du labyrinthe moyenâgeux...

    J'apprécie également ton choix pour la citation de Luc qui illustre parfaitement l'attitude qu'il serait bon de requérir dans cette société qui se dégrade avec un net penchant pour la médiocrité !

    Avec mes meilleurs pensées et mon soutient moral

    Ric-Martial ALEBERTINI

    * Il y en a deux et pour le 2nd, il n’et pas précisé "Psychiatrique" ou alors j’avais un "grain" ce jour là !

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  6. Belle initiative, cher Éric ! Mais a t-on encore l'idée d'investir pour améliorer le service médical, ou pire pour faire des économies...

    Christophe Esnault

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  7. En réponse à Monsieur Esnault et aux personnes qui se pose les mêmes questions ainsi que pour continuer à soutenir les actions du Docteur Eric Chapeau-Åslund, je me propose de citer en référence cette lettre (de Serge d'Ignazio) reçu et publiée par le Monde (25-26 novembre 2007) ; elle pourrait être la maxime des "Êtres Vigilants"...

    "Quand ils ont supprimé les régimes spéciaux, je n'ai rien dit. Je n'étais pas concerné.
    Ils sont venus pour supprimer des postes de fonctionnaires, je n'ai rien dit. Je n'étais pas fonctionnaire.
    Ils sont venus pour diminuer la couverture sociale, et je n'ai rien dit, je n'étais jamais malade.
    Ils sont venus pour supprimer usines et entreprises, et je n'ai rien dit, j'avais un travail.
    Puis je suis tombé malade et j'ai perdu mon emploi et il ne restait plus personne pour dire quelque chose."

    Ainsi va l’évolution, à bon entendeur !

    Ric-Martial ALEBERTINI

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  8. Je suis actuellement en train de travailler avec mes collègues sur le référentiel qualité et je pense d'une part que la mise en place d'une telle politique dans les établissements de santé était nécessaire, l'hôpital charité n'existe plus. Cependant en voulant trop en faire, les pratiques professionnelles se sont complexifiées et les décisions prises d'en haut ne permettent pas aux soignants de réfléchir, de s'investir sur une démarche qui les concernent en premier lieu. Donc oui je suis d'accord sur l'importance de se mettre à la place des usagers et des soignants mais ils faut leur permettre de donner leur avis et des idées, ainsi ce management de la qualité devient participatif et plus humain.

    Andreloire

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